Qu'elles sont vertes mes Buissonnières !


Après jaune en janvier, vert en février!

DIFFUSION LE MARDI 12 FÉVRIER À 10H; REDIFFUSION LE SAMEDI 16 À 11H

Vert avec ou sans t, avec ou sans s, avec ou sans r roulé dans la gorge ; qu’il soit à boire à manger à peindre, à regarder, à philosopher ou à symboliser, le vert nous entoure, c’est bien le moins de lui rendre hommage !

Coincé entre le bleu et le jaune dans le cercle chromatique, le vert est indéracinable et conserve son nom même quand il change de couleur… vert pâle, vert foncé. Le vert est la couleur de l’argile, de l’espérance, de la nature… pourtant il est mal aimé parce qu’il n’est pas une couleur primaire. Mais s’il n’est pas primaire, il est donc évolué ! Le vert deviendra-t-il la couleur d’un monde futur ? Regardez les petits hommes verts !





Pascalette, qui nous a offert le mois dernier un joli jaune, nous livre cette fois-ci le vert en vers

VERT

Vert et j’ai la tête à l’envers,

une envie de ne rien faire ;

Peut-être faut-il que je me mette au vert,

échapper à l’ennui des réverbères,

regarder les vers de terre,

plutôt que les pots de terre des balcons en verre.

Fouler l’herbe verte des prés,

sentir, le nez en l’air, les airs du vent, les airs du temps.

Oublier les sapins fiers de l’enfance,

ce vert foncé qui rend triste mes pensées.

Rien n’y fait il me faut du vert clair,

Retrouver les verts parmi les coquelicots,

m’étendre parmi ces élégants,

et penser au gâteau « vert vert »

d’Alice et Claude Monet ;

Imaginer cette friandise vert anis,

décorée de quelques pétales de roses printanières,

enrobées de sucre cristallin, tel la rosée du matin.

Inventer les verts pâturages parmi les nuages,

Convoquer les nymphéas à ce mirage,

Voir la danse des bleus et des verts,

les verts et les bleus confondus, enlacés ;

Me laisser couler dans cet océan verdoyant,

laisser mes rétines s’extasier,

voir enfin mon âme s’apaiser,

devant tant de beauté.


Prenant l’ivresse à bras le verre, Lewis Chambard, fidèle à sa poésie cosmique et musicale, s’est enivré de nuées de vers verts.

VERT


Vers toi je vais

Mon verre

C’est vert

Que vers toi je vais

Mon verre


Mon enfer

Mon frère


Tant j’ai connu de nuits qui ne menaient à rien

La preuve ?

C’est que le lendemain, revenait le matin !

Pourquoi ?

Ah ! Ces nuits effroyables qui m’entraînaient trop loin,

L’épreuve !

Et puis le lendemain… du soleil et du pain…

Sans joie.


Vert

Vers toi je vais

Mon verre

C’est vert

Que vers toi je vais

Mon verre


Mon port

Mon « encore »


J’ai connu tant de jours où la houle m’emportait

Dans la foire

Ces entrelacs de vies qui semblaient s’enivrer

De paraître

De marcher, de valoir, et foncer, et compter, et

D’avoir

Et moi j’traînais derrière comme si j’étais convié

A leur fête.


Mais peut-être juste que je cherchais

Une issue de secours

Ou une échelle pour m’évader

Dans des cieux de velours

Et voir le monde depuis là-haut

En fresques multicolores

Peut-être que tout serait plus beau

A l’envers du décor

Mais j’crois qu’il me manqu’rait

Dans mon banc d’hirondelles

Dans ma grande échappée

Voguant vers l’éternel,

Je crois que trembleraient

A mes mains, à mes tempes,

A mes entrailles rongées

Par le spleen et le manque

Un vide…

…que rien ne comblerait !


Et je crois même

Qu’en pleine ascension

Dans l’élévation extrême

La suprême libération

Là, au plus près de la Lumière

En transe-osmose sur les sommets

Oh ! Je crois bien qu’il me faudrait

Même au plus près de la Lumière

Oui, je crois bien qu’il me manqu’rait

Au moins encore un petit verre…


Un petit verre…


Alors

J’atterrirais

Je me laisserais

Tomber

J’atterrirais

Même pas sur mes deux pieds

Je viendrais m’écrouler

Minable

Dans la foule empressée

De mes semblables

Soudain dérangés

Peut-être coupables

De me voir me traîner

Si pitoyable

Et de ne pas savoir comment m’aider…


On est toujours un peu surpris

Par ce qui nous sort de notre routine

Et nous entrouvre à l’inédit

Ça nous chagrine… nous turlupine…

Ça nous démange et nous dérange…

On fait comme si on n’voyait pas

Qui aime se pencher sur la fange ?

Est-ce qu’une de leurs mains se tendrait

Vers moi ? Je doute !

Faut bien toujours poursuivre sa route !


Alors je me redresserai tout seul

Cabossé par mon séjour

Sur les hauteurs

Un peu sale gueule…

Mais je me relève toujours,

Pour mon malheur !

Et je me remettrai en chemin

Pour aller, à pas lourds,

Longeant les quartiers du chagrin,

Chez mon épicier-vautour

Qui me fournit en venin

Il sait qu’il est mon seul recours

Alors il me dit : à demain !


Et s’il me restait un langage

Ou une mince variété de bruits,

De sons pour produire un message,

J’essaierais de lui dire : merci !


De lui dire :

Vert

Vers toi je vais

Mon verre

C’est vert

Que vers toi je vais

Mon verre

Vers toi, mon sort

Verre, toi ma mort

Tant que je meurs ce soir entre tes bras glacés

Que je meurs dans la honte de ne pas être des leurs

Entre tes draps souillés de mes larmes, mes lâch’tés,

Pendu à ton goulot, seul dans la fuite des heures,

Tant que je meurs heureux entre tes bras, chaque nuit

Tes bras froids, dangereux, tes bras secs et maudits,

Que je consomme, livide, notre hymen interdit

Oui !


Tant que j’meurs

Avec toi

dans mon corps,

C’est que je vis…

…encore.






Nathalie Chambard, mère de Lewis, a écrit un texte voyageur sur ce parfum de l’enfance d’où naît la profondeur du vert couleur de l’espérance

L’ESPÉRANCE

L’espérance est une chanson qui me poursuit mais dont j’ai oublié les paroles. Elle demeure au fond de ma mémoire comme un souvenir heureux, porteur d’une sensation qu’il existe quelque chose de supérieur, qui me dépasse et m’invite à me dépasser. Elle a le parfum de l’enfance, un goût de miel et d’amande que je m’évertue à rechercher dans toutes choses.

Vous l’entendez, vous aussi cette mélodie qui vous pousse à espérer autrement, espérer dans la réalité présente, un l’espoir fondé sur une certitude par un éprouvé concret ?

L’Espérance qui ne remet pas en cause le sort, mais qui vous fait espérer malgré le sort.

Ce doux refrain qui résonne en moi depuis toujours comme un chemin vers la lumière, ce feu intérieur que je m’évertue à faire croître en moi, comme la lumière croît au printemps.

Je regarde le monde qui m’entoure où rien n’est absolu, ni définitif…toute idée, toute représentation des choses, tout comportement sont soumis à des Interdépendances. Interdépendances entre monde intérieur et monde extérieur, entre ciel et terre, entre l’individuel et le collectif, entre passé, présent, avenir, événements et cause, cause et événements…

Et ce refrain qui semble me faire pressentir la Perfection absolue, et « m’oblige » à œuvrer à la perfection du monde. L’Espérance est un état de conscience, une aspiration qui élève l’esprit et le cœur, telle une symphonie dont chaque instrument, chaque note contribuent à l’harmonie et nous touchent en plein cœur.  Elle est mon guide dans les ténèbres, m’aide à comprendre que la vie a un sens, et que, ici et maintenant, il est possible d’accomplir mon destin, même si les hommes ont perdu la foi en des lendemains qui chantent, je rentre d’exil et dans ce chaos je cherche avec ferveur la lumière printanière, celle qui augure la promesse d’une moisson généreuse.

Cette mélodie m’entraîne inexorablement au plus profond de ma mémoire, comme un retour à la source, un cri silencieux étouffé par les vicissitudes du monde extérieur et les conditionnements d’une société qui castre l’être au profit de l’avoir. Une musique qui naît dans les entrailles de la terre et résonne jusqu’à l’essence ciel.

Et vous qui m’écoutez, vous les connaissez les paroles de cette chanson ?

Celles que nous avons reconnues le temps d’une porte qui s’ouvrit sur nos rêves d’enfant et que les conditionnements d’une société « bienpensante et bien agissante » refermèrent si brutalement. Cet instant fugace de conscience absolue, dont nous gardons la lumière comme une espérance glorieuse, une spiritualité triomphante.

L’espérance de la lumière se partage comme on reprend en cœur le refrain d’une chanson. Toutes les beautés de ce monde ne peuvent être jalousement accaparées par un seul être au risque d’être stériles. Notre quête de l’absolu n’a de sens que si elle entraîne dans son sillon d’autres âmes errantes.

Bien sûr j’aurais pu vous parler de l’illusion, de ce désir angoissé de l’homme de voir les choses s’améliorer d’elles-mêmes…. Mais cette forme d’espoir nourri par notre imaginaire inquiet est passif.

J’aurais pu vous parler de la perte de sens, des mots dévoyés, et du pincement au cœur que je ressens chaque fois que l’on écorche l’Espérance, craignant qu’elle ne s’éteigne. J’aurais dû alors vous avouer ma peur de ne plus pouvoir avancer sans l’Espérance.

J’aurais pu vous parler de Pandore et des maux qui ont envahi la terre, mais il aurait fallu que je vous parle de la perfidie des dieux et de la faiblesse des hommes. Et surtout, l’Espérance serait demeurée au fond de la boîte. Je n’aurais alors pas parler de l’Espérance glorieuse mais de l’Espérance agonisante. C’eut été alors une chanson triste que je n’avais pas goût à partager avec vous…

C’est en cherchant au fond de moi les paroles de l’espérance, que j’ai rencontré l’autre et que je me suis trouvée.

Cette douce chanson dont j’ai recherché les paroles c’est celle de l’Espérance, une chanson qui nous rassemble, notre madeleine de Proust. Je l’ai fredonnée et vous l’avez repris en chœur et La Lumière a jailli du fond de notre être.

La lumière du printemps couvre le monde d’un camaïeu de verts et d’odeurs familières, immuable recommencement, promesse d’éternité.

Et ces mots Héraclite D’Ephèse qui me viennent : « Si tu n’espères pas tu ne rencontreras jamais l’inespéré ».






Entre le mot vert et l’écologie politique le lien est devenu si fort qu’il est impossible aujourd’hui de prononcer l’un sans convoquer l’autre. Le vert n’est plus tant une couleur qu’une idéologie. Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ? s’interroge l’historien des couleurs Michel Pastoureau. Pour notre part, nous nous en réjouissons avec mon notre Claire Strauss, écrivaine et meneuse d’ânes :

VERT

Tout d’abord, il y a le printemps, les graines qui germent, les feuilles naissantes, les bourgeons qui s’ouvrent, l’odeur de la sève, le bruissement de l’air dans les cimes, la fragilité et la délicatesse.

Il y a la jungle, les lianes, les feuilles grandes comme des parapluies, le cri des peroquets, la mousse moite et chaude, la force de vie sauvage qui palpite.

C’est la prairie tendre, le foin fraichement coupé.

C’est le mélange du bleu de ciel et du jaune des fleurs de pissenlits qui donnent les couleurs du printemps.

C’est la salade qui craque sous la dent, l’amande sur la branche, l’odeur du tilleul, le plumage du pic-vert qui s’envole en hurlant.

C’est la couleur de l’espoir, de la chance.

Couleur de la première gueule de bois. Jet 27, liquide immonde, entre bonbon, alcool et médicament, idéal pour apprendre à boire à nos enfants : c’est fun, c’est fort, ça va vite à l’ivresse, ça va vite dans la cuvette des chiottes, par le nez, par la bouche. Couleur du teint blafard avant, pendant après la cuite.

Tu seras un homme mon fils !

Mais aujourd’hui ce serait plutôt la rage, les jointures des poings, depuis trop longtemps serrés au fond des poches, soudain brandis en avant pour hurler la colère ! C’est l’hématome sur la gueule, l’œil arraché, mâchoire déglinguée, main amputée.

Le bleu de la police et le jaune des gilets donnent le vert de la rage.

C’est la bile, le fiel des puissants qui se déverse sur cette France d’en bas qu’ils conchient, essorent et étouffent. C’est leur peur face au peuple qui se lève et les montre du doigt, les hue, les dénonce et les détrône.

C’est la couleur de la chance, de l’espoir qui s’élance, des graines de consciences sont plantées, les idées germent, le temps des moissons va arriver. Ne surtout rien lâcher. Il faut du jaune sur toute la planète bleue pour qu’elle puisse rester verte.

C’est l’espoir, la dernière chance d’offrir à nos enfants la possibilité de profiter de l’herbe qui pousse, de la forêt, du martellement du pic et du goût de la salade du jardin, plutôt qu’une gueule de bois à l’arôme corrompu et aux couleurs douteuses.






Et Thérèse Testot, qui nous avait régalés le mois dernier avec  son Phot-Omega jaune nous propose aujourd’hui un refuge dans la profondeur des forêts

RECOURS AUX FORÊTS

Arrive le soleil

Entre deux nuages

Promesse facile

Des imbéciles

Le vrai soleil

Est en toi

A toi de le chercher

Va cours

Evite les chemins balisés

Préfère les forêts

Aux tristes nichoirs urbains

Souris aux bêtes

Même les plus féroces

Ours et loups sont faits

De la même chair que toi

Tu peux voyager aussi

Dans leur esprit

Si tu tombes sur un bon chamane

Si tu ouvres tes yeux

A ce qu’on ne voit pas

Va cherche

N’aie pas peur de rêver

Pour voir de quoi est fait

Le réel

Flux liquide et désordonné

Sans commencement ni fin

Samsara

Va cherche

N’aie pas peur de mourir

Si tu veux renaître

Non pas dans un autre corps

Non pas dans une autre vie

Mais ici même

Dans l’étreinte de la forêt

Parmi les arbres qui t’aiment

Sans rien connaître de toi

Et dont les murmures portent encore

Les paroles sans mots des dieux absents.


Aimez vous le vert ? C’est selon. Symbole de vie, de sève, de chance et d’espérance, de prairies où s’ébattent fées et aux lutins, il est a contrario associé au diable et à ses créatures : « Au paradis les yeux gris, au purgatoire les yeux verts ».

C’est dans ces contrastes que débattent les personnages de la pochade verte que nous interprétons à trois voix :


ESPOIR OU ARSENIC, PETITES VICISSITUDES DE LA PENSÉE COURANTE

Leçon numéro 1 : comment ne pas s’entendre.

Madame Ravidlacrèche, d’une voix enjouée et pédagogique comme une publicité : Sans enfant alentours, les fêtes de fin d’année deviennent une extraordinaire occasion de se réunir entre adultes consentants pour …  Trinquer ! Oui, fêter la naissance de notre saint sauveur puis, la semaine suivante, l’aube de l’année nouvelle. Mais rien ne nous empêche de décorer le sapin!

Monsieur Vénère, no futur : Ah pac’que tu trouves qu’y a què’qu’chose à fêter toi ?

L’autre, d’une voix monocorde, comme sous hypnose : Apéro dînatoire. Apéro traquenard. Apéro pinard. Apéro ringard. Apéro fêtard. Apéro au bar.

Mme Ravidlacrèche: Les verres tintinnabulent harmonieusement faisant frétiller les petites bulles qui viendront éclater en bouche, la clarté d’un vin blanc, la robe d’un rouge, pour le plaisir du palais. Et de l’esprit ! Un petit verre de temps à autre aide à faire oublier les petits tracas du quotidien et égaye les soirées. (Elle savoure une gorgée)  Hmmmm, Tchin-tchin !

Mr Vénère : Tu m’étonnes. L’occasion de s’bourrer la gueule deux fois plus. La clarté va pas durer longtemps… Et l’aut’là, qu’est mort pour nos péchés … Hah, pas ceux de tout l’monde apparemment.  Toujours les mêmes qu’en profitent. On naît pas tous avec un foie gras dans l’torchon hein !

L’autre : Apéro trottoir. Apéro de gare. Apéro pas tard. Soulard, triquard, loubard, mitard, tintamarre, smicard, hagard, fond de tiroir, bizarrebizarre. STOOOOOP ! Air pur. Inspire-expire. Yoga. Detox. Une-deux. Une-deux. Aummmm… Sortir le verre de ma pomme. Essayer de …

Mr Vénère:  Ah, le yoga, y avait longtemps ! Chakra Sanscrit Krishna Vishnu blablablabla… (D’une voix faussement inspirée) Communions tous dans le grand champ verdoyant de l’humanité. Pa’s’que l’humain est un grand pacifiste, c’est bien connu. Y en a qui f’raient mieux de les fermer un peu leurs chakras. Remarque, vaut toujours mieux leurs photos de galets en équilibre plutôt qu’un type sanguinolent qui agonise sur sa croix. La bonne parole et les leçons d’vie, ça m’donne la nausée. La paix, ça dépend avec qui. Y a pas marqué Gandhi là ! Vive la côt’ de porc !

Mme Ravidlacrèche : En revanche, après les fêtes, il est important d’entamer une petite période de diète. Écoutons ce que notre corps a à nous dire. Purifions notre intérieur. Nous mangeons beaucoup trop dans nos sociétés. Un grand verre d’eau chaude citronnée le matin, des légumes de saison cuits vapeur, pour commencer. Être en harmonie avec son corps est la base de l’équilibre des énergies.

L’autre: Épinards, pois cassés, persil, salade verte, menthe poivrée,

Mr. Vénère : Wasabi ! Gluten ! Chewing-gum !

L’autre: Avocat, fane de carotte, asperge, courgette, feuille de blette, navet

 Mr Vénère: C’EST PAS VERT !

L’autre: Ah pardon … brocolis, haricot vert, artichaut

Mme Ravidlacrèche (citant un article de santé magazine): L’artichaut est une plante potagère de la famille des astéracées, dont on consomme le bouton floral. Riche en fibres, minéraux, vitamine B9 et oligo-éléments, il possède de nombreux effets bénéfiques pour la santé. Il stimule le foie, favorise l’élimination urinaire et lutte contre le vieillissement cellulaire.

L’autre: Gazon, forêt, champ printanier…

Mr Vénère:CANNABIS ! PEYOTL !

L’autre sort de son obsession: Essayer de me mettre au vert … L’espoir, pas l’arsenic !


Pourquoi, vous demandez-vous, l’arsenic ? C’est que le vert de Paris, utilisé autrefois par les peintres, était malheureusement très toxique et dégageait, entre autres saloperies, un gaz d’arsenic. Le diabète de Cézanne est dû aux vapeurs d’arsenic. Les troubles neurologiques du pauvre Van Gogh qui n’avait pas besoin de ça sont dûs au vert de Paris, de même la cécité de Monet. L’invention du bleu de Prusse, au 19e, mélangé au jaune de chrome, a permis aux peintres de créer de belles nuances de vert. Hélas, s’ils n’étaient pas toxiques, ces verts n’avaient pas la belle transparence du vert de Paris et de plus avaient tendance à se détériorer : de belles prairies vertes peintes à la manière impressionniste sont aujourd’hui constellées de grosses taches brunes.

Le vert est-il maudit ?


Edita Scott, pas du tout influencée par ces malédictions picturales, nous invite à découvrir que l’herbe est plus verte partout, et pas seulement ailleurs !


Ils ont fui l’éternelle misère et les éclats d’obus, sous des cieux qui ne voient, ni n’entendent. Longue fut leur marche jusqu’à ce bras de mer salvateur qui les a rejetés pantelants sur des côtes à l’asile incertain.

Ailleurs dit-on, ailleurs, l’herbe est plus verte …

Jusqu’où faudra-t-il cheminer sur la terre, loin des barbelés du non-droit, avant de dénicher ce petit coin d’Eden, ouvert à la détresse, qui offre en suffisance le lait, le mil, le riz ? Comme une évidence…

Celle que dessine au crayon de couleurs l’enfant déshérité : rêve naïf d’un monde florissant avec son soleil d’or et puis quelques oiseaux pour faire chanter les arbres.

J’aimerais qu’il les entende, ce petit déraciné, otage du bon vouloir de nos démocraties.

Qu’ils voyagent de monts en plaines, ces mots écrits au feutre vert :

ceux qui ont couru derrière la souris verte et le furet pressé, prié pour le réveil de Blanche-Neige, pleuré la chèvre de Monsieur Seguin, ri avec les clowns du cirque, tremblé pour la colombe éclaboussée de sang, sauvé les bébés-phoques, senti la mousse des bois et le parfum du vétiver, rimé avec le printemps, ses bourgeons fragiles comme la vie.

Sans choisir, entre les choux et les roses, semer par millions des phrases à lire avec le cœur, afin que germe la paix, reverdisse l’espoir, pour cet innocent qui découvre, ses yeux emplis d’étoiles, la merveilleuse histoire d’un « Petit Prince » qui parlait au renard.


Levez vous batraciens, fées et lutins, portez haut cette couleur qui est l’âme de la nature, la couleur de la chlorophylle sans laquelle nous suffoquerions envahis par le gaz carbonique.

Pourtant le vert n’en finit pas d’être mal aimé. Sous aucun prétexte ne prononcez ce mot dans un théâtre ! et pire encore ne portez une robe verte sur scène ! Cette étrange coutume viendrait de Molière, notre bon Jean-Baptiste mort sur scène, vêtu d’un costume vert. Il est possible aussi que certains comédiens aient été empoisonné par l’oxyde de cuivre ou le cyanure qui, au Moyen-Âge, entraient dans la composition de la teinture verte.

Le vert serait une bête dangereuse. Méfiez vous de lui comme d’un animal sauvage !


Isabelle Bizot, très chère amie des ateliers dont nous saluons ici la première participation à nos Buissonnières, évoque pour nous



LES VERTIGES DE LA GUERRE

Les sangliers sont de retour. Il y en a autant qu’avant, peut-être plus même. Sans gêne, ni peur, ils sont à nouveau là. Comme si la dernière battue, il y a cinq mois à peine, avec les soixante quinze tués n’avaient jamais eu lieu. Ils n’ont pas compris. Ou alors ils ont décidé qu’ils étaient là chez eux.

Au petit matin, ils se sont fait le potager. Malgré la clôture électrifiée. Ils ont fouillé la verdure. Les fanes de radis, les feuilles de poireaux éparses, déchirées. L’hideux de la terre retournée par eux. Emeraudes fraiches et chevelues. Leurs groins fouissent la glaise fraichement labourée. La terre de novembre tout juste remuée, plus tendre sous leurs dents. Des glands, des vermisseaux, les nids des coccinelles écrasés. La harde toute entière est là, le vieux mâle au poil blanchi qui traîne un peu la patte, les marcassins grandis, la jeune femelle aux têtons drus sous les poils rêches. Être de festin, dans cette fin de nuit noire et sèche.

On a vu. On ne peut plus marcher dans les chemins retournés. La pluie a transformé en flaques leurs nouvelles ornières. Des traces de leurs sabots sont partout imprimées dans la boue. Peut-on encore se promener sans crainte dans nos bois ? Jusqu’à quand ?

Ça migre continuellement ces bêtes-là, ça se déplace toujours en bande, sensibles au moindre appel d’air. Soixante-quinze tués ? Autant de places pour des nouveaux venus d’ailleurs. C’est à qui gagnera, de l’homme ou de la bête.

Gustave pense. Il en sera cette fois. A la dernière chasse, il n’était encore pas vraiment prêt.

— Qu’est ce que tu fais Gustave, tu bâilles aux corneilles ?

— Non, je pense.

— Tu penses ! En voilà une affaire ! Hé, y a Gustave qui pense ! Tiens-toi bien plutôt. Qu’est ce que c’est que ces manières de table ? Tu as vu ton grand-père tenir sa fourchette de cette façon, peut-être ? Essuie-toi la bouche avant de boire !

Les enfants, a dit la grand-mère, c’est comme des petits animaux, il faut les dresser. Et les ados ? Ah, les ados…

Gustave et la pensée, ça date. Dans son lit d’enfant, déjà, il se couchait très vite pour pouvoir penser à son fils. Son fils poupée. Il l’emmène partout avec lui. Il s’en occupe, l’habille, le coiffe, le rassure quand il a peur. Il le gronde aussi. Qu’est ce que tu as fait fils poupée ? C’est interdit, tu vas être puni. Et puis il le console. Ils voyagent ensemble et ne se quittent jamais.

Les vestes kakis des chasseurs et les gilets jaunes des rabatteurs. On allait les avoir jusqu’au dernier cette fois ci. On n’en laisserait pas un vivant. Gustave attendait avec les gardes depuis potron-minet.

Cette fois, il en était. Leurs bottes écrasent les feuilles sèches, les noisetiers en branchages. Il crie avec les autres, tape à coup de bâtons sur les troncs. Les enserrer, les terrifier, les contraindre à fuir là-bas vers les chasseurs à l’affût dans les miradors. L’expédition est punitive. On est des hommes, c’est pas des bêtes qui vont nous faire peur !

Gustave frappe. Il est le fils de son père. Son grand-père lui a appris comment arracher à la cuillère l’œil du lièvre juste tué pour le saigner bien proprement.

Avant, il n’aimait pas le lièvre mais maintenant avec une bonne sauce… Gustave se méfie un peu des rêves. Ces histoires de proies et de prédateurs qui règnent tout au fond et qui donnent mal au ventre si on y pense. Des impressions floues, des sensations ténues ou vives qui mordent alors ou envahissent comme une torpeur. Ça mène à quoi ? A rien. Le monstre des cauchemars revient quand même encore parfois la nuit, les défenses aiguisées, prêt à attaquer.

Il faut y aller. Il en est. Ça tire à tout va. Cinquante, ils en ont eu cinquante cette fois-ci. Tous alignés en rang d’oignon, l’œil vitreux, le groin morveux pour le tableau de chasse. Un sacré tableau d’animaux déchirés. On boit un coup, on se félicite. Chacun repart qui avec un cuissot, qui avec une épaule.

La prochaine fois, il aura son chien et son fusil. Argos, il l’appellera, comme celui d’Ulysse. Un enfant mâle. Il sera d’abord maladroit et pataud mais Gustave le dressera. Aux pieds Argos. Sage… Puis : Va chercher. Rapporte. C’est bien, mon chien. Et si excité par la traque et le sang, son Argos malmène l’oiseau mort, le rappeler. Lâche ça. Le chien grogne, ne veut pas laisser sa proie. Aux pieds toujours !  Pas bouger. Sa gueule haletante, il la voulait contre ses bottes. Pas à un centimètre de plus.

Argos, aplati devant lui, le regardera alors avec ses bons yeux humides de chien aimant. On est là tous les deux. Des frères jumeaux serrés l’un contre l’autre.

A eux, la chasse, les sangliers ! Ils ne le rateront pas cette fois le vieux mâle rebelle. A eux, faisans, perdrix et autres perdreaux.

Dans la froideur des petits matins, au milieu des hommes, Gustave marmonnera une fois encore : On y va Argos ! A la guerre comme à la guerre !


Fin de l’émission…. Retrouvez nous en rediffusion le samedi 16 février à 10h.





Et fourbissez vos plumes, ami.e.s auditrices et auditeurs, afin d’écrire des textes rares, drôles, puissants, imparables, révolutionnaires pour le mois de mars, qui sera rouge!



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